Faits divers du quartier Saint-Agne Toulouse
On nous communique l’ordre du jour du lieutenant-colonel de Riencourt, commandant le 14e régiment d’infanterie :
Au cours de ces quatre derniers jours, le 14e a fourni un effort considérable et soutenu. Le 16 février les 1e et 2e compagnies se sont lancées magnifiquement à l’assaut des tranchées ennemies, entraînées par tous leurs gradés, encadrées par les vaillants mitrailleurs, accompagnées par la sonnerie de la charge que la batterie toute entière du régiment exécuta avec tout son cœur dans le grand entonnoir.
Tous les hommes ont obéï à l’impérieux devoir de solidarité qui, en semblable circonstance, exige un départ général, sans que personnes restent en arrière.
Aussi le succès est venu couronner une attaque merveilleusement préparée, appuyée et soutenue par le tir de notre artillerie et les terribles explosions de nos mines.
Le fameux barrage 15, les tranchées 47, partie de 48 et 202 ont été enlevé par les compagnies d’assaut, renforcés par le reste du 1e bataillon et par le 3e bataillon. De nombreux prisonniers ont été faits. Un minen a été pris, un autre, qui n’a pu être déboulonné, a été mis hors d’état de nuire. Tous ces résultats ont été obtenus presque sans perte, parce que l’action a été unanime,
immédiatement consécutive à l’explosion, rapide et résolue. Peut-être même le succès aurait-il pu être exploité plus complètement encore, si les compagnies de soutien étaient parvenues à déboucher plus rapidement. Au premier instant, dans le désarroi produit sur l’ennemi, toute attaque est facile, qui devient, au contraire, pénible quand il s’est ressaisi.
Le 19, le 2e bataillon qui, dans un instant de défaillance a failli entacher la belle réputation du 14e, a glorieusement effacé ce mauvais souvenir. Lui aussi, s’est porté avec une énergie impressionnante à l’assaut de la terrible tranchée 48 ; lui aussi est entré chez l’ennemi, l’a délogé de ses positions, lui a fait des prisonniers, lui a enlevé à la baïonnette une mitrailleuse.
C’est grace à son entrée dans la tranchée verticale 48, que le flanc gauche du 130e régiment s’est trouvé solidement étayé, et que, peut-être, un désastre a été evité à ce régiment. Certes, les fatigues ont été grandes. Quatre nuits ont été passées sans sommeil, quatre jours ont été employés à combattre, à garder les tranchées conquises, à les organiser sous le feu de l’artillerie le plus effroyable qui se puisse concevoir ; les repas n’ont pu être qu’irrégulièrement portés par les cuistots qui, eux aussi, ont bien mérité de leurs camarades, car le transport de cartouches primait celui de la soupe ; mais les blessés eux-mêmes oubliant leurs souffrances, ne songeait qu’à se réjouir du succès. Que le 14e soit fier de lui, qu’il continue à être le régiment qui enlève les tranchées, qui conquiert les mitrailleuses, celui surtout qui n’abandonne jamais une portion de terrain gagné. C’est son énergique attitude depuis le début de la campagne qui a obligé l’ennemi à lui opposer la meilleure de ses troupes : la Garde. Cela aussi est un titre de gloire.
Donc, toujours et jusqu’au bout ; Haut les cœurs.
Le 21 février 1915.
(La Dépêche du Midi – 1 mars 1915)