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Faits divers du quartier Saint-Agne Toulouse

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Procession

Le 3 mai, la procession du troisième jour des rogations s’est faite avec une solennité extraordinaire. La circonstance du jubilé, la fête de l’invention de la Croix, et surtout les exhortations du  missionnaire, ont donné lieu à une cérémonie qui n’avait pas eu d’exemple jusqu’à ce jour.

Toutes les paroisses se sont rendues à la cathédrale dès huit heures du matin. Les séminaires et les succursales ont suivi. Les autorités militaires et administratives sont arrivées à la même heure ; elles étaient en grande tenue. Plusieurs des membres qui composent ces administrations, accompagnaient leurs chefs, et l’état-major, son général, M. le vicomte de Barbot, commandant la division militaire.

Le clergé et les autorités occupaient le chœur. Le peuple remplissait le reste de l’église. Avant neuf heures, son Éminence Mgr le cardinal est monté à l’autel ; les prières solennelles ont commencé ; la procession est partie.

Les jeunes personnes vêtues de blanc marchaient les premières, ayant à leur tête un chœur qui chantait les cantiques. Les femmes les suivaient ; entre elles et les hommes, on voyait une double file de jeunes enfants, et le clergé venait immédiatement après les hommes. Ceux-ci avaient un chœur qui donnait le ton et soutenait le chant. On sait avec quel goût et quelle harmonie les airs religieux sont chantés par ces chœurs.

Les autorités s’avançaient à la suite du clergé. Les troupes de la garnison protégaient le cortège, la gendarmerie fermait la marche.

C’est dans cet ordre que la procession s’est acheminée vers le Calvaire en traversant l’Esplanade et le faubourg Saint-Michel. Le nombre des assistants a été si considérable que les spectateurs ont mis plus d’une heure à le voir défiler. On présume qu’il y avait de sept à huit mille personnes qui l’ont suivie.

En arrivant au Calvaire, les hommes sont descendus dans la plaine, le long des oratoirs et des peupliers qui bornent le clos et le séparent des prairies voisines. Les femmes se sont avancées vers le tombeau, en suivant la terrasse. Le clergé y est arrivée par le même chemin, et avec lui les autorités constituées.

Le missionnaire a paru au sommet du Calvaire, près des croix plantées sur le tombeau. Les jeunes lévites y sont montés, et se groupant autour des croix comme un essaim innombrable, ils ont fixé longtemps  les regards surpris et charmés de tout le peuple.

Un autel avait été dressé pour la première fois et décoré avec élégance dans le tombeau. Son Éminence a commencé la messe. Le missionnaire, debout au-dessus de la voûte et placé entre le ciel et la terre, semblait, dans cette attitude, l’ange messager des oracles divins. Il avertissait le peuple aux points principaux du St-Sacrifice ; il lui suggèrait les sentiments conformes à chaque circonstance du mystère. Sa voix forte et sonore retentissait sous le ciel comme dans un temple immense. Les échos répondaient au loin, et les assistants, répandus dans toute la campagne, même au-delà de l’enceinte du Calvaire, dans les jardins, dans les prairies, tous l’entendaient distinctement et s’unissaient aux prièrent du pontife.

Le silence était profond, le recueillement religieux, l’attitude humble et suppliante. Après la messe, Son Éminence est montée en haut du Calvaire. Elle a béni le missionnaire prosterné devant elle. Ensuite ayant pris la crosse et la mître, elle a donné solennellement la bénédiction pontificale. Le missionnaire y avait préparé les cœurs par les plus touchantes paroles. La cérémonie de Calvaire a duré près de deux heures.

Au retour, on a suivi le même chemin. Malgré l’affluence des spectateurs et le nombre extraordinaire des assistants, on n’a jamais vu règner dans les fêtes publiques, plus de régularité et d’ensemble ; les missionnaires présidaient, veillaient à tout. Les écclésiastiques de la paroisse donnés et du séminaire secondaient leur zèle. On les voyaient de distance en distance donner les avis nécessaires, prévenir tout ce qui eût pu causer du désordre et de la confusion.

La procession est rentrée, à deux heures, à la Cathédrale. Son Éminence après l’avoir suivie, en allant au Calvaire et au retour, a donné la bénédiction du St.Sacrement, qui a terminé la cérémonie.

(Journal de Toulouse ― 4 mai 1826)

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